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Kivu geoheritage

Un appel à la géoconservation en République démocratique du Congo

La géodiversité désigne la variété des éléments géologiques et physiques de la nature, tels que les minéraux, les roches, les sols, les fossiles et les formes de relief, ainsi que les processus géologiques et géomorphologiques actifs. Avec la biodiversité, la géodiversité constitue la diversité naturelle de la planète Terre. La Convention du patrimoine mondial de l'UNESCO de 1972 a reconnu l'importance de la géodiversité dès le début de ses travaux et constitue le plus ancien instrument mondial de conservation de la géodiversité. Contrairement à la biodiversité, peu d'attention est accordée à la conservation de la géodiversité (géoconservation) en République démocratique du Congo (RDC). Ainsi, la plupart des actions de conservation de la nature en RDC sont orientées vers la conservation de la biodiversité. A ce titre, la RDC dispose d'un réseau d'aires protégées composé de 9 parcs nationaux et d'une constellation de près de 70 réserves connexes (terrains de chasse et réserves de faune) couvrant une superficie de près de 13,5% du territoire national. Cependant, à ce jour, la RDC n'a pas de Géoparc (une zone unifiée qui favorise la protection et l'utilisation du patrimoine géologique de manière durable, et promeut le bien-être économique des personnes qui y vivent). Pourtant, la géologie fait partie du "capital naturel" de la planète, le stock mondial d'actifs naturels. Ces actifs procurent de nombreux avantages à la société, souvent désignés sous le nom de "services écosystémiques". Cependant, traditionnellement, ceux-ci se sont principalement concentrés sur les services biotiques et ont sous-évalué les services abiotiques ou "services géosystémiques". Ces "services géosystémiques" sont dérivés de la géodiversité de la planète. Parmi ces services, on trouve les services de régulation, les services de soutien, les services culturels, les services d'approvisionnement et les services de connaissance qui soulignent l'importance de la géologie pour fournir des preuves de l'évolution de la planète et de ses systèmes vivants. D'où l'importance de la conservation de la géodiversité.

Le patrimoine géologique de la région du Kivu (R.D. Congo) comprend des éléments géologiques, des paysages et des formes de relief qui sont caractéristiques de la région. La plupart de ces structures se sont développées au cours de processus géologiques qui ont duré plusieurs millions d'années et ne sont pas renouvelables. Par ailleurs, ce patrimoine est essentiel d'un point de vue scientifique et éducatif, puisqu'il constitue des laboratoires naturels pour l'étude des phénomènes qui ont façonné notre globe, d'un point de vue économique, puisque de nombreuses ressources que nous utilisons proviennent de ce patrimoine, et il peut être valorisé dans le domaine du géotourisme, d'un point de vue culturel et esthétique. Il peut être une source d'inspiration pour les artistes. Ce patrimoine peut nous aider à comprendre les processus qui ont conduit à sa création. Il est donc essentiel que ce patrimoine géologique soit préservé pour les générations futures. Par ailleurs, il existe un lien entre la biodiversité et la géodiversité en raison de l'interaction entre la géosphère, l'hydrosphère, l'atmosphère et la biosphère. Le géopatrimoine est le socle sur lequel évoluent les êtres vivants. Il peut nous renseigner sur l'évolution de la vie grâce aux fossiles qu'il contient. Certains géosites de la région du Kivu renferment une biodiversité exceptionnelle en termes de faune et de flore. C'est le cas des massifs montagneux des Virunga et du Kahuzi-Biega, qui constituent des habitats pour certaines espèces menacées comme le gorille de montagne. La région du Kivu fait partie du Rift Albertin où 41 espèces d'oiseaux sont endémiques. Cette région comprend un ensemble de lacs dits de fossé d'effondrement. Ces lacs sont un héritage associé au rifting dans cette région. Ils comprennent le lac Kivu et le lac Tanganyika, qui est le deuxième lac le plus profond du monde après le lac Baïkal. Ces lacs sont riches en ressources halieutiques et possèdent une biodiversité exceptionnelle.  À ce titre, le lac Kivu et le lac Edward font partie de l'écorégion du lac Victoria, avec des genres endémiques de Cichlidae, Clariidae et Poeciliidae. Le lac Tanganyika fait partie de l'écorégion aquatique du lac Tanganyika, avec 22 genres endémiques de Cichlidae et 8 genres endémiques de Clariidae, Claroteidae, Clupeidae, Cyprinidae et Poeciliidae.

Dans la région du Kivu, certains sites géologiques d'importance touristique et éducative sont menacés par les activités anthropiques. C'est le cas du Mont Goma (Nord-Kivu), qui est menacé par des constructions anarchiques. L'exploitation des matériaux de construction peut également conduire à la détérioration des reliefs volcaniques de cette région. Par exemple, l'exploitation illégale de matériaux de construction sur le site du Lac Vert (Nord Kivu) constitue une menace permanente pour ce site géotouristique. Il est donc du devoir des communautés locales de s'approprier leur patrimoine géologique en le protégeant et en le valorisant et, ce faisant, d'en tirer un bénéfice économique durable. Cependant, à l'heure actuelle, peu d'efforts sont déployés pour la conservation et la promotion de la géodiversité par rapport à la biodiversité dans la région du Kivu (République démocratique du Congo). 

Pourtant, la géologie du Kivu est complexe et contient une grande partie de l'histoire de la terre, du précambrien à nos jours. Elle fournit des informations sur la géodynamique interne et externe de la terre. La géologie du Kivu a la particularité de couvrir tous ces aspects. Cette région est particulièrement connue pour ses ressources minérales qui sont très médiatisées mais au-delà de ces ressources. Cependant, les gens sont émerveillés par la beauté et la complexité naturelle des phénomènes qui se déroulent dans cette région : du volcanisme actif à l'hydrothermalisme, en passant par les émanations de gaz, le métamorphisme, la déformation cassante et ductile, l'altération, etc. Ainsi, la géodiversité de la Région du Kivu est riche en patrimoine. En prenant en compte le paysage, le type de roche, la structure géologique, la géomorphologie, etc, on constate que chaque site est unique. Plusieurs éléments peuvent alors être le résultat de ce patrimoine. Il s'agit notamment des sédiments, des éléments minéraux, des roches, des ressources énergétiques, des fossiles, des sources hydrothermales, des mines, des karsts, des montagnes, des sols, des volcans, etc.

Le "Projet Kivu Geoheritage " se concentre sur l'inventaire et la promotion des sites présentant des atouts patrimoniaux remarquables pour la conservation et le développement touristique dans la région du Kivu (RDC). Dans le cadre de ce projet, plusieurs initiatives ont été mises en place pour promouvoir la géodiversité et la biodiversité dans la région du Kivu. A ce jour, 13 sites d'intérêt géologique pour l'éducation à l'environnement dans la région du Kivu ont été inventoriés en fonction de leurs valeurs éducatives, culturelles ou scientifiques. Parmi ces géosites figurent les sources hydrothermales, les marques de rides, les lacs, les reliefs, etc. qui peuvent être utilisés à des fins d'éducation environnementale et de tourisme. Dans le cadre de ce projet, des supports pédagogiques et de sensibilisation au tourisme sont mis à la disposition du public. C'est notamment le cas du livre illustré intitulé "Kivu Geoheritage Serie 1" destiné aux jeunes et qui porte essentiellement sur la géoconservation dans la région du Kivu. D'autres supports d'éducation environnementale tels que des dépliants et des affiches sont produits dans le cadre de ce projet et sont mis à la disposition du public en format numérique et imprimé. Grâce à ce projet, les jeunes de la région sont sensibilisés à l'importance de la conservation de la biodiversité et de la géodiversité dans la région. Nous espérons qu'à long terme, ces actions contribueront à une prise de conscience de la conservation de la nature en RDC.

Référence

Cet article a été publié dans le cadre du projet Kivu Geoheritage grâce à l’appui de CoalitionWild. La version originale est disponible sur ici

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